Un baiser, qu'est-ce ?
Un serment fait d'un peu plus près,
un aveu qui veut se confirmer,
un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer ;
c'est un secret qui prend la bouche pour oreille.
[ Cyrano de Bergerac ]
___C'est avec une dextéritée impressionnante que repoussai les feuilles et branches de ma vision. Le visage baissé vers mes pieds,je tentais vainement de ne plus trébucher. Mes jambes se tordaient de douleur. Il faisait présentement nuit. Depuis plusieures heures j'étais dans une forêt,cherchant un quelconque indice qui pourrait m'indiquer le bon chemin. Je m'assis doucement sur un tronc d'arbre mouillé et laissai mes larmes couler sur mes joues. J'étais perdue,trempée et seule. Posant mon front contre mes paumes réunies,je fermai les yeux. Sombrant peu à peu dans le sommeil,un bruit de feuilles me fit relever la tête. Je fermai les yeux et mes mains se crispèrent. Mon coeur battait la chamade. Qui traînait donc ici ? Je sentis un souffle lèger se perdre dans la forêt,plus que silencieuse. Lentement,une brise glaciale et fruitée me fouetta le visage. Mes ongles s'enfonçaient dans mes paumes. Ce souffle de glace,cette odeur,j'aurais pu la reconnaître à des kilomètres à la ronde. Mais hélas,je devais avouer que mon imaginaire me jouait des tours. Puis,une pression de marbre se fit sur mes lèvres. Un souffle nouveau explora ma bouche. Des mains emprisonnèrent mon cou. Glissant de temps à autre sur mes épaule frigorifiées. Mordillant faiblement ma lèvre inférieure,l'être dont je soupçonnais le nom grogna doucement de mécontentement. Stupidement,je gardais les yeux clos. Je savais pertinament que je rêvais et que si j'ouvrais les paupières,ce sentiment si vraisemblable s'évaporerait. Entremêlant ses doigts dans mes cheveux,son souffle se heurta contre mon cou. J'ouvris un peu plus les lèvres,en demandant plus,mais je ne le reçus pas. Soudainement,plus rien. J'ouvris mes yeux,qui s'embuèrent rapidement,il n'était plus. Je me couchai sur le flanc,toujours contre le tronc d'arbre humide. Sans vraiment m'en rendre compte je posai le bout de mes doigts sur mes lèvres,les survolant doucement. Mes lèvres s'étirèrent en un sourire franc. Si je venais d'halluciner,alors j'étais tout de même heureuse. Malgré sa mort,je me rendais bien compte que mon coeur s'était éprit du sien.
- Bella ? Isabella Swan ? Dites-le moi si vous m'entendez !
___Ce n'est qu'après avoir ouvert les yeux et m'être étirée comme un chat que je me rendis compte que le sommeil m'avait vaincue. Je redressai mon dos en une ligne droite et mon visage je figea de douleur. Je me levai,secouant mes jambes et mes vêtements empoussièrés. Des pas se rapprochaient. Un visage m'apparut entre les feuilles des buissons. Je retins un hoquet de terreur. Mes mains se crispèrent et j'heurtai violamment la jambe de l'individu d'un coup de pied.
- Calmez vous mademoiselle Swan ! Venez plutôt avec moi.
- Quoi ? Vous êtes complètement mala...
- Votre père,Charlie Swan,est à votre recherche depuis plus de trois heures ! , m'interrompit-il.
- Oh mon dieu ! Charlie ! Où est-il ?
- Venez,il est devant a forêt.
___Sans prendre le temps de le suivre,je courrus rapidement à travers les branches et les feuilles. Je lançai de temps à autres un bref « Merci » à l'homme,lorsqu'il m'empêchait de tomber. Arrivée devant l'ouverture de la forêt,je vis Charlie,mon père,hurlant aux patrouilleurs de continuer de chercher. Je courrus vers lui en criant son nom. Il se retourna vivement vers moi et me prit dans ses bras. Serrant ma tête contre sa veste de cuir,il m'embrassa maintes fois le crâne.
- Oh Isabella ! J'ai eu si peur ! , me murmura-t-il continuant son manège affectif.
- Je vais bien Charlie,ne t'inquiètes plus , dit-je en relevant le regard vers le sien.
- Mais que faisait-tu dans cette forêt ma bella ? , me questionna-t-il,fronçant les sourcils.
- Je..Je marchais. Je voulais me calmer , mentis-je en regardant mes chaussures,crasseuses.
- Bien. Et je t'en pris,cesse avec Chalie. Je suis ton père Isabella ! , marmonna-t-il,visiblement agacé.
___Couchée sur le flanc gauche,tournée vers la fenêtre je fixais l'épaisse noirceur de l'extérieur. D'épaisses formes marchaient,courraient et des voix criaient de l'extérieur. Fermant les yeux,je passai mes doigts contre mes tempes,les malaxant légèrement. Ma tête se faisait de plus en plus lourde. Lorsque quelques instants plus tôt j'avais enfilé mon pyjama,j'avais cru entrevoir une silhouette perchée contre ma fenêtre. Allant l'ouvrir,je ne décelai aucune présence,sauf quelques adolescents,criant et jurant les uns contre les autres. Alors que je sombrais peu à peu dans un sommeil profond,comme à mon habitude,j'entendis des grattements. Ouvrant les yeux,je vis des ongles se heurter contre ma fenêtre. Mon poul s'accéléra,le sang battait de plus en plus vite dans mes tempes et mes mains devenaient de plus en plus moites. Je me levai avec précaution de mon lit et me dirigea avec lenteur vers ma fenêtre. Lorsque j'y jettai un regard,mon sang se glaça. Je me laissai tomber lourdement contre le sol,rabattant mes genoux contre ma poitrine. Des perles coulèrent de mes yeux et un haut le coeur me surprit. Depuis quand était-elle là ? Était-ils revenus avec elle ?
- Bella,ouvres moi cette fenêtre , me supplia son soprano chantant.
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